Les multiples obstacles à la libération du crédit

Vous souvenez-vous de la dernière fois que vous avez parlé des banques avec vos connaissances? A cette occasion, comme moi, avez-vous aussi ressenti un sentiment d’exaspération, d’agacement grandissant à l’encontre de ces établissements financiers.

Je ne sais pas combien d’entre-vous ont essayé, récemment, de créer une nouvelle société en Suisse, mais il est clair que contrairement au discours assumé des banques, ces dernières ne font strictement rien pour aider au développement du tissus local des PME, pire, elles l’empêchent. Plus aucune banque ne veut prendre la responsabilité ne serait-ce que d’ouvrir un compte courant pour une PME (sans parler de l’obtention d’un prêt, enfin à moins de déposer en garantie votre argent que la banque s’empressera alors de vous prêter).

Les contraintes administratives, bureaucratiques n’en finissent plus. Il faut prouver que votre société a bien une activité commerciale. Sauf que dans le cas de la création d’une société, on peut difficilement prouver quoi que ce soit étant donné que justement la société est en train d’être créée. Il apparaît donc difficile de présenter des comptes, puisqu’il n’y a pas encore d’activité, pas encore d’affiliation AVS, étant donné que pour ça il faut des employés et que pour payer ces employés, il faut un compte bancaire (sic).

Dans le cas présent, je peux vous livrer un exemple parlant. Une société détenue par des actionnaires suisses, qui aura son activité sur territoire suisse (pas de risque de vendre un croissant qui ne serait pas déclaré par un ressortissant de l’Union Européenne) ouvre un compte de consignation pour créer ladite société. L’ouverture du compte de consignation prend déjà presque 6 semaines, tous les documents demandés sont remplis, patte blanche est montrée. La société est donc créée début février. Et bien nous sommes fin mai et la société ne peut toujours pas commencer son activité car elle n’a toujours pas de compte courant. La réponse à cela est à trouver au service juridique de la banque « partenaire » qui aimerait poser de nouvelles questions.

Et dans le même temps de l’autre côté de nos frontières, il suffit de deux jours à une société domiciliée en Suisse pour ouvrir des comptes courants dans des banques de l’UE. Cherchez l’erreur.

Si le gouvernement ne veut pas voir disparaître très rapidement ce tissus de PME qui fait la force de notre pays, il serait bon qu’il y ait rapidement un message fort envers la FINMA et les banques pour que ces dernières se (re-)mettent à travailler de façon intelligente et évitent de mettre des bâtons dans les roues de ceux qui entreprennent et qui créent la richesse de la Suisse. Nous contraignons ici les créateurs de ressources alors que dans le même temps d’autres pays créent des conditions cadres adéquates pour les entrepreneurs. Il est donc venu le temps pour nos dirigeants d’ouvrir les yeux, faute de quoi une grand nombre de nos entrepreneurs risquent simplement de quitter la Suisse pour des cieux bancaires plus cléments.

Article paru dans l'Agefi du 22 mai 2014.